Herzégovine et Mostar
Au sud du col d'Ivan, l'Herzégovine bascule en Méditerranée : Mostar et son Stari Most, Blagaj, Počitelj et les vignobles de Trebinje, à parcourir hors saison.
L'Herzégovine commence au col d'Ivan, à 967 mètres d'altitude, là où la route de Sarajevo bascule vers la Méditerranée. En vingt kilomètres, le paysage change : les forêts de pins cèdent la place à un karst calcaire blanc, à la vigne, au figuier et au grenadier. Le climat suit la même logique. Quand Sarajevo affiche 22°C en mai, Mostar en compte déjà 28. C'est cette frontière climatique qui structure la région et lui donne sa cuisine, son architecture et son rythme de vie, plus proches de la Dalmatie voisine que du reste de la Bosnie.
Mostar reste le pivot. Le Stari Most, pont ottoman du XVIe siècle détruit en novembre 1993 puis reconstruit pierre à pierre en 2004, enjambe la Neretva à 21 mètres au-dessus de l'eau. Autour, la vieille ville pavée de galets, les ateliers de cuivre de Kujundžiluk et les mosquées Koski Mehmed-pasha et Karađoz-bey dessinent un centre ottoman dense, qu'il faut idéalement parcourir tôt le matin ou après 18h, quand les bus de Dubrovnik et Split sont repartis. Les plongeurs du club Mostari sautent depuis le pont d'avril à octobre, une tradition documentée depuis 1664.
À huit kilomètres au sud, Blagaj abrite la source de la Buna, l'une des résurgences karstiques les plus puissantes d'Europe, qui sort directement d'une falaise de 200 mètres. Le tekke, monastère soufi du XVIe siècle, s'y adosse. On y boit un café bosniaque sur la terrasse en bois, on visite les salles de prière des derviches, on remonte parfois en barque jusqu'à l'entrée de la grotte. Plus au sud encore, Počitelj étage ses maisons de pierre, sa mosquée Hadži Alija et sa tour Sahat-kula sur un éperon au-dessus de la Neretva. Le village, classé et en partie réhabilité après les destructions des années 1990, accueille chaque été une colonie d'artistes peintres.
L'autre pôle de la région se trouve à Trebinje, à 130 kilomètres au sud de Mostar, en Republika Srpska. La ville est entourée de vignobles de Žilavka et Vranac, cépages autochtones travaillés par une dizaine de domaines, dont le monastère orthodoxe de Tvrdoš, qui vinifie depuis le XVe siècle dans les caves d'un ancien établissement romain. Les platanes centenaires de la place Slobode ombragent les terrasses, et la Trebišnjica, rivière souterraine sur une partie de son cours, traverse la ville sous le pont Arslanagić déplacé pierre par pierre dans les années 1970.
Entre ces points, la campagne herzégovinienne se compose de hauts plateaux pastoraux, de vallées tabacoles autour de Stolac, dont la nécropole médiévale de Radimlja aligne 133 stećci (stèles funéraires bogomiles classées UNESCO), et de petits cours d'eau émeraude comme la Trebižat à Kravice, où une cascade de 25 mètres tombe en arc de cercle dans un bassin baignable. La cuisine y est franchement méditerranéenne : agneau rôti sous la sač à Konjic, japrak (feuilles de vigne farcies), truite de la Buna grillée, et une production fromagère au lait de brebis dans les villages de Nevesinje.
Le tissu humain est mêlé. Mostar est partagée entre une rive croate catholique à l'ouest et une rive bosniaque musulmane à l'est, séparation visible dans les clochers et les minarets, héritage de la guerre 1992-1995. Trebinje et la vallée de la Popovo polje sont à majorité serbe orthodoxe. Cette diversité, qu'on aborde sans esquive avec nos guides, fait partie de la lecture de la région autant que ses paysages.
À découvrir
Stari Most et la vieille ville de Mostar. Le pont ottoman reconstruit après 2004, les ruelles pavées de Kujundžiluk et les sauts des plongeurs locaux depuis le tablier, d'avril à octobre.
Source de la Buna à Blagaj. Le tekke soufi du XVIe siècle adossé à une falaise de 200 mètres, où sort la rivière à un débit moyen de 43 m³/s. Café bosniaque sur la terrasse en bois au-dessus de l'eau.
Trebinje et le monastère de Tvrdoš. Dégustation de Žilavka et Vranac dans les caves voûtées du monastère orthodoxe, puis terrasses ombragées de platanes sur la place Slobode.
Stećci de Radimlja près de Stolac. 133 stèles funéraires médiévales bogomiles sculptées de spirales, de chasseurs et de figures aux mains levées, alignées au bord de la route Mostar-Čapljina.
Cascades de Kravice sur la Trebižat. Un arc de tuf calcaire de 120 mètres de large où l'eau tombe de 25 mètres dans un bassin où l'on se baigne de juin à septembre, à 40 km au sud-ouest de Mostar.
Quand y aller
La fenêtre la plus confortable s'étend d'avril à juin et de septembre à octobre. En avril-mai, les températures oscillent entre 18 et 24°C à Mostar, les vignes bourgeonnent à Trebinje, et la Neretva court encore avec la fonte des neiges. Septembre et octobre restent autour de 22 à 26°C, c'est la saison des vendanges et celle où les cars de croisiéristes venus de Dubrovnik se raréfient nettement après le 15 septembre.
Juillet et août sont chauds : 32 à 35°C en journée à Mostar, parfois 38, avec des nuits qui retombent à 20°C grâce à l'inertie du karst. La pierre des vieilles villes accumule la chaleur et la restitue jusqu'à minuit. C'est la saison des baignades à Kravice et sur la Neretva, mais le centre de Mostar entre 11h et 17h est saturé. L'hiver est doux et pluvieux, 8 à 12°C en janvier, avec des bourrasques de bura sèche descendant des montagnes. Décembre à février conviennent à qui cherche une visite urbaine sans foule, mais plusieurs auberges familiales en village ferment.
Conseils pratiques
Comptez trois jours pleins pour la région : une journée à Mostar et Blagaj, une journée pour Počitelj, Stolac, Radimlja et Kravice, une journée pour descendre à Trebinje par la route panoramique de la Popovo polje. Quatre à cinq jours si vous voulez ajouter une dégustation chez un vigneron de Vranac, une marche dans le canyon de la Rakitnica ou une nuit à Konjic pour le rafting sur la Neretva. L'entrée logistique se fait soit par Sarajevo (130 km, 2h30 de route ou 2h de train panoramique jusqu'à Mostar), soit par Dubrovnik (140 km, 3h avec le passage de frontière), ce qui permet de combiner avec la Croatie. L'aéroport de Mostar lui-même est peu desservi.
La combinaison naturelle se fait avec Sarajevo et environs, en remontant par le col d'Ivan, ou avec l'Est bosnien et Sutjeska via la route Trebinje-Foča à travers les montagnes du Zelengora. Le confort est correct : hôtels-boutiques en pierre dans la vieille ville de Mostar, maisons d'hôtes familiales à Blagaj et Trebinje, quelques domaines viticoles avec chambres. La région convient bien aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'histoire et de gastronomie, et aux familles, les distances restant courtes (jamais plus de 1h30 entre deux étapes). Les randonneurs sérieux préféreront prolonger vers Sutjeska ou la Krajina.